Gbe Linguistique

Potentialités lexicales

Ressources internes et externes pour l’enrichissement du vocabulaire gbe : dérivation, emprunts et combinaisons créatives.

Chapitre 6 — Les potentialités du Gbe : ressources internes, emprunts et combinaisons pour l’enrichissement lexical. — Source : H. C. Capo (Gbekɔbu, 2014), ch. 6.

(C)V

Lexèmes monosyllabiques

14

Procédés internes recensés

770+

Publications gbe (Duthie)

1981

Pazzi — vocabulaire Gen

Généralités

Les travaux de description scientifique sur Gbe ne manquent plus — l’une des conditions préparatoires à la renaissance linguistique est remplie. Il faut aussi montrer que les conditions d’enrichissement du vocabulaire existent.

Gbe est souvent qualifié de langue monosyllabique : la vaste majorité des lexèmes de base sont de forme (C)V ou (C)εV (/c/ = l, y ou w). Malgré cela, le gbe dispose de ressources morphologiques et syntaxiques variées pour étendre son lexique.

Ressources internes

La plupart des noms monoléxiques ont la structure VC(c)V ; le V initial est un préfixe nominal (souvent e-, parfois è-, ɛ̀-, ò-, ɔ̀-, i-).

(i) Suffixation

  • -tó (ètó « père, propriétaire ») : klisotó « chrétien »
  • -nɔ (ènɔ « mère ») : yepheno « révérend père »
  • -tsú (àtsú « homme ») : gatsú « clou géant »
  • -nú (ènú « chose ») : kúnú « funérailles »
  • -nu (ènu « bouche ») : xonu « seuil »
  • -phé (àphé « maison ») : gaphé « banque commerciale »
  • -gbe (ègbe « jour ») : tenigbe « lundi » (Fon), vhunzángbe « vendredi » (Aja)
  • Gen et Waci : -ti (àtí « unité de ») et -há (èhá « classe de ») pour les nombres (blatí, alofáhá, akpéhá…)

(ii) à (xiv) — Autres procédés internes

  • (ii) Redoublement : dzodzo « chaleur » (dzo « feu »), fafá « fraîcheur » (fa « faire frais »)
  • (iii) Composition par juxtaposition : wónviblì « mai » (wónvi + blì), nukúgo « lunettes » (nukú + go)
  • (iv) Suffixe -í : tógaí « boucle d’oreille », alogaí « bracelet », tokúí « janvier » (Gen/Waci)
  • (v) Nom + adjectif : phégbó « maison mère », núvóin « péché », amekokoi « saint »
  • (vi) Phrases courtes nominalisées : núwuame « poison », tedoxé « mars » (Éwé), kújitó-mókpóna-kúo « guerrier intrépide »
  • (vii) Séries verbales impératives : kpɔjlɔ « bouton », sewlan « dictée », kpɔwaí « exemple », jikói « dictionnaire » (Gen/Waci)
  • (viii) Séries verbales négatives : kanasá, jlómaji « enfant gâté »
  • (ix) Nom (+ ma) + verbe redoublé : núruru « nourriture », kadada « géométrie », núbablá « alliance »
  • (x) Nom (+ ma) + verbe simple : tsitú « bénédiction », séblá « complot », amemasi « irrévérence »
  • (xi) Nom + verbe + nom : amewunú « arme », déphotló « casque », núruhwei « temps de repas »
  • (xii) Nom + verbe + suffixe (-í, -tó, -lá) : gbexolá « voyelle », agomakploi « novembre »
  • (xiii) Nom (sujet) + verbe + -í : hwetló « après-midi », damarui « botte », agbemavo « éternité »
  • (xiv) Onomatopées / symbolisme : kekó/keké « bicyclette », hógugu « motocyclette », kówunka « chaussure à talons »

Ressources externes

Emprunts au portugais, à l’arabe (via yoruba/hausa), à l’akan, au yoruba, à l’allemand, au français et à l’anglais. Distinction entre emprunts graphiques (via documents écrits) et emprunts oraux (s’intègrent à la phonologie gbe).

PT

Portugais

kamisá « chemise », mláto « mulâtre », sklúzu « croix », kaléta « masque », mágó « banc ».

AR

Arabe (via yoruba/hausa)

alájí, alája (pèlerinage à La Mecque), imámu « grand prêtre musulman ».

AK/YO

Akan / Yoruba

akpatá « véranda », safo « notable » ; légbá « divinité ».

FR/EN

Français / anglais (oraux)

bíki « stylo Bic », tóci « torche », kólayiki « école laïque », sukúlu « école », kúku « cuisinier », gíya « vitesse ».

Les emprunts oraux intègrent [p], voyelles longues et séquences vocaliques (kaatɔn, pépɑ, pósu, lagáá…). Les emprunts graphiques (mois allemands en Éwé : Yanuar, Februar…) ont été largement remplacés par des créations endogènes (Dzove, Dzodze…).

Combinaisons

  • (i) Paraphrase endogène : gasɔ́ « bicyclette » (ga « fer » + sɔ́ « cheval »), dzokokó « motocyclette »
  • (ii) Calque : zimenɔlá « président » (modèle anglais chairman : zi-me + nɔlá)
  • (iii) Hybrides : xɔxáyá « maison louée » (xɔ + xáyá « hire »), cicagán « directeur d’école » (cica + gán)
  • (iv) Archaïsmes réemployés : kele « octobre » (Éwé, Gen, Waci)
  • (v) Extension de sens : katapila « tracteur », biki « stylo Bic », yovótó « ananas » ; yephe « prière » (en Fon, à l’origine « divinité »)

Conclusion

Cette étude confirme que les potentialités créatives du gbe sont réelles. Pazzi (1981:8) montre que, malgré la structure (C)V des verbes, les compositions grammaticales produisent un vocabulaire riche capable d’assimiler de nouveaux concepts.

Les tableaux 18 et 19 (Duthie & Vlaardingerbroek, 1981) recensent des publications et manuels en gbe (religion, fiction, orthographe, agriculture…). La Bible existe en Éwé ; la Loi fondamentale de la R.P. Bénin a été traduite en Fon et en Aja.

Avec la standardisation en cours, le gbe peut acquérir souplesse et stabilité ; son emploi dans toutes les sphères de la vie devra être positivement encouragé.